L’eau agricole qui circule dans les canaux d’irrigation et de
drainage prend, dans le contexte contemporain de gestion de l’eau, une
valeur à la fois économique, écologique et sociale nouvelle.
Particulièrement développés dans les régions du bassin méditerranéen,
ces réseaux hydrauliques artificiels constituent aujourd’hui des
équipements structurants incontournables dans le développement des
territoires.
La canalisation de l’eau agricole qui visait, depuis le Moyen-Age,
des fins productives a toujours eu des incidences écologiques
indirectes, « non voulues », comme la recharge de nappes phréatiques,
le développement de la biodiversité, le maintien de biotopes favorables
à la faune piscicole, mais peu valorisées jusqu’ici. Avec la
transformation des besoins économiques et le développement de la
question environnementale, on assiste à une progressive prise en compte
de ces « services » ainsi qu’à une diversification des usages (arrosage
de jardins potagers ou d’agrément pour les particuliers, d’espaces
publics pour les collectivités territoriales, gestion des
inondations,…) qui restent méconnus car peu en relation avec la
fonction première des canaux.
Au nord du bassin méditerranéen, leur existence même, du fait d’une
très forte diminution de la population agricole, a été parfois oubliée,
voire sacrifiée au profit d’une extension urbaine. Dans les pays du
Sud, les techniques d’irrigation agricole semblent de moins en moins
appropriées à la disponibilité de la ressource et à la dégradation des
sols qui entraîne une désertification.
Le non-entretien des canaux induit des conséquences immédiatement
visibles, modification de paysages, inondations de parcelles dans
lesquelles les canaux ont été « oubliés » et recouverts par des
constructions, mais aussi des conséquences moins spectaculaires comme
par exemple la modification de la répartition de certaines espèces
aquatiques (poissons en particulier).
L’enjeu de ce colloque sera d’appréhender les transformations qui
affectent ces canaux au nord et au sud du bassin méditerranéen, les
enjeux économiques, écologiques et sociaux dont ils sont l’objet ainsi
que les multiples formes de gestion, anciennes ou nouvelles, qui
accompagnent leur prise en charge.