Appel à contributions
Colloque international du 12 au 14 décembre 2009 à Alger
Dépôt des propositions de communication: 10 septembre 2009
Organisé par le Laboratoire d'Histoire sur le Colonialisme (LAHISCO) de l'Université d'Alger (inteview de Mohamed El-Korso, fondateur du laboratoire, par Halim Boudjou), ce colloque sera axé sur la question centrale de la déportation des résistants durant la colonisation française.
1- Les Résistants algériens, les Insurgés et ceux qui ont enfreint
la législation coloniale (deuxième moitié du XIX siècle), sont des
déportés spécifiques, expulsés de leur pays par les autorités
coloniales françaises vers la Nouvelle Calédonie et la Guyane.
Continuer à les appeler « déportés », c’est occulter leur statut
d’anticolonialiste et reconduire, inconsciemment, les accusations
retenues contre eux par les autorités coloniales de « criminels »,
«d’ assassins », «de brigands » etc. C’est pourquoi, il sera question
dans ce qui suivra, de Menfiyyûn pour déportés et ennefiyyû pour
déportation. Ce qui donne du sens et de la profondeur à ces concepts,
que le lexique de l’histoire coloniale n’a pas retenu de Menfiyyûn, est à différencier des Mûhadajarûne, exilés
par l’autorité coloniale, mais en terre d’Islam. La sanction et la
portée de l’une et l’autre peine, ne sont pas les mêmes. C’est pourquoi
un recentrage terminologique s’impose. C’est la dimension
historico-symbolique de ce drame humain mémorisé par le patrimoine
culturel national qui garde à ce jour les traces vivantes de ces
départs sans retour.
2- La césure par le déracinement est amplifiée par la volonté des
autorités coloniales et carcérales, de briser les liens du sang qui
unissent les membres d’une même tribu, puis à œuvrer dans le sens
d’une déculturation générationnelle, dont l’aboutissement serait la
dissolution des « Arabes » dans une société composite. En somme
l’extinction de leur algérianité avec sa dimension culturelle,
linguistique et religieuse.
3- En réaction à cette politique d’annihilation, les Menfiyyûn
ont mis en place plusieurs mécanismes de défense. Ils ont commencé par
reconstituer à l’identique, ou presque, l’Algérie qu’ils avaient
quitté forcés et contraints, à recomposer le tissu social, culturel,
religieux, à développer et cultiver des liens affectifs avec le
lointain pays transmis d’une génération à l’autre. Cette résistance
immatérielle, tient lieu de repères dans la préservation-reconstruction
identitaire des descendants des Arabes de Calidoun obligés de porter, jusqu’en 1935, deux prénoms, le premier chrétien, le second musulman.
4- La contre image que nous renvoie cette page d’histoire, sera la
révolte des Canaques en 1878 qui verra une partie des déportés
Communards et des Menfiyyûn se ranger du côté de
l’administration carcérale contre les insurgés de la
Nouvelle-Calédonie. Qu’en est-il au juste ? Comment expliquer ce
comportement qui contredit l’histoire anticolonialiste des Menfiyyûn ?
Ceux qui se sont rangés du côté de la répression, n’ont-ils pas renié
leur passé ? Quel regard posent les descendants des Canaques sur les
descendants des Menfiyyûn ?
5- La déportation coloniale plonge ses racines dans le XV siècle
avec la traite des Noirs et l’esclavage. Quelle différence y a-t-il
entre l’esclavagisme et la déportation? Quelle différence entre la
traite des Noirs et la transportation-exploitation des Menfiyyûn el djazairiyyûn ? La France qui a proclamé en 2001, « crime contre l’humanité » l’esclavage et la traite négrière, n’a-t-elle pas commis un crime contre l’humanité, envers les Menfiyyûn el djazairiyyûn
, les Communards et tous les autres ? Ce crime sera aggravé par
l’application sélective de la loi d’amnistie générale de 1880, d’où
furent exclus les « Arabes de Calidoun ». Approches historiques et approches juridiques, se conjuguent dans de pareils cas.
Axes du colloque
1- Axe historiographique et méthodologique. 2- Axe historique. 3- Axe anthropologique. 4- Axe juridique.
1- Menfiyyûn et historiographie
- Terminologie et conceptualisation.
- Matériaux pour l’étude des Menfiyyûn.
- Un intérêt récent pour une histoire oubliée.
2- Résistance armée et déportation coloniale.
- La déportation coloniale, un objet d’histoire.
- La Résistance armée, expression d’un combat identitaire.
- La déportation, une donnée de l’idéologie coloniale.
3- Acculturation et contre-acculturation.
- Vivre la déportation.
- Du déracinement à l’acculturation.
- Préservation- reconstruction identitaire.
4- Menfiyyûn et déportés
- Relations Menfiyyûn, Communards et autres déportés.
- Les Menfiyyûn et la révolte des Canaques. .
5- Droit humanitaire international et déportation.
- Déportation et exil forcé à travers le monde (études de cas).
- Esclavagisme et déportation coloniale : approche comparative.
- Esclavagisme et déportation coloniale au regard du droit humanitaire international.
Les personnes désirant présenter une communication à ce colloque sont priées de de bien vouloir communiquer l’intitulé de leur communication ainsi qu’un résumé de 500 mots avant le 10 septembre 2009.
Les communiquants retenus seront informés sur les modalités de prise en charge ultérieurement.
Les communications peuvent être présentées en français, an arabe et en anglais.
Contact: Mohammed El-Korso, djamel1000@yahoo.fr
Composition du comité scientifique
1- Mohamed El Korso, Professeur à l'université d'Alger, département d'Histoire,
2- Djilali Sari, Professeur à l'université d'Alger, département de sociologie,
3- Belkacemi Boualem, Professeur des Universités, doyen de la Faculté des Sciences Humaines et des Sciences Islamiques, université d'Oran es Sénia,
4- Aïssa Kadri, Professeur à l'université Paris 8, directeur de l'Erasme,
5- Pierre-Philippe Rey, Professeur à l'université Paris 8, département d'anthropologie,
6- Mustapha Nouicer, Maitre de Conférences à l'université d'Alger, département d'histoire,
7- Daho Djerbal, Maitre de Conférences à l'université d'Alger, département d'histoire, directeur de la revue Naqd,
8- Djamel Yahyaoui, directeur du Centre d'Etudes et de Recherche sur le Mouvement National et la Révolution du 1er Novembre. Alger,
9- Chakib Benafri, Maitre de Conférences à l'université d'Alger, département d'histoire,
10- Fouad Soufi, Conservateur en Chef aux Archives Nationales, Alger, directeur de la revue Insaniyat du CRASC