Dire
l’islam, entendre l’islam
Les
acteurs de la pensée musulmane (XIXe-XXIe siècles)
L’islam ne parle pas d’une seule voix. Pourtant,
la religion du Prophète, observée par
exemple à travers le prisme déformant de ses prolongements politiques, est trop
souvent perçue comme une chape intellectuelle sur l’espace public, qui échappe
à tout acteur, sauf à la manipulation de quelques uns. Au-delà des
simplifications et des thèmes journalistiques récurrents, les étudiants du Centre
d’Histoire Sociale de l’islam Méditerranéen se proposent, à l’occasion
d’une nouvelle journée doctorale, de reconnaître la diversité des
discours qui travaillent l’islam, d'examiner leur réception et d'étudier les
formes d’autorité selon les aires géographiques, les époques et les différents
médias mis en œuvre. Dans une perspective diachronique, nous cherchons à
retracer ces différentes configurations, depuis les débuts de l’autonomisation
relative d’une sphère « intellectuelle » lors des débats du XIXe
siècle sur la réforme de l’islam jusqu’à la diversification actuelle des discours,
dans un contexte de mondialisation qui les confronte l’un à l’autre.
1er thème : Discours et débats en mouvement (XIXe-XXe
siècles)
Au XIXe
siècle, apogée de l'impérialisme colonial, naît un double mouvement de
définition de l’islam. Érigé en objet de fascination en Occident, il devient
aussi un instrument de résistance « indigène » à la colonisation
européenne. Ainsi, les discours sur l’islam en tant que religion et
civilisation se diversifient et s’affrontent, au rythme de leur circulation en
terre d’islam et au-delà.
Axe 1 : Renaissance du mouvement
intellectuel
« Dieu enverra à cette Communauté, à chaque début de siècle, qui
lui rénovera sa religion » (hadith). Qui a vocation à « dire
l’islam » pour les fidèles ? Diverses fonctions revendiquent ce même
droit : religieux (‘ulamâ’), lettrés (udabâ’), penseurs (mufakkirûn),
intellectuels (muthaqqafûn). Ceux-ci s’appuient sur des instances de
légitimation différentes, telles que les universités "modernes".
Cependant, « intellectuel » reste un concept occidental, et il faut
délimiter l’espace de prise de parole au nom de la religion, ses critères d’accès,
et les pratiques qu’il impose.
Axe 2 : Mouvements migratoires,
circulations entre terre d’islam et Europe
Les « intellectuels » participent
considérablement aux mouvements migratoires des XIXe et XXe
siècles. Quelle que soient leur communauté, leur idéologie, ils se sont retrouvés
sur le chemin de l’exil, à l’intérieur de la umma ou hors de celle-ci.
Comment leurs contributions se sont-elles répercutées ? Quels sont leurs
réseaux d’échange et d’influences hors du monde musulman ?
Axe 3 : Discours et pratiques de la
résistance
L’impérialisme européen, sans cesse en expansion au XIXe
siècle, renvoie le plus souvent aux populations musulmanes une image péjorative
de leur appartenance religieuse. Donnée objective pour le gouvernement
colonial, l'islam est cependant aussi vécu comme un élément rassembleur, le
ressort de l’action collective, avec de nouvelles formes de mobilisation.
2e
thème : Les acteurs de l’islam et le lieu de leurs discours (XXe-XXIe
siècles)
À partir des mouvements des nationalismes, l’islam
est devenu un des étendards de la contestation politique, entraînant une
transformation du rôle et de l’objet des intellectuels. Puis, avec l’avènement
de la mondialisation, les intellectuels et prédicateurs ont dû renégocier leur
insertion dans les espaces publics, de la presse au cyberespace, et démontrer
la validité de leur discours par rapport aux cheikhs traditionnels. Dans un
contexte d’islam "mondialisé" où tout intervenant peut trouver un
support d’expression, la question de la légitimité du discours devient
centrale, d'où la nécessité de s'interroger sur ce qu'est un
"intellectuel" aujourd'hui et
les formes que revêt son discours.
Axe 1 : Entre réformisme et
fondamentalisme
Au fur
et à mesure de son expansion et de son enracinement dans différentes cultures,
l’islam s’est adapté aux croyances et coutumes locales antérieures. Or, on assiste de nos jours à une forte
volonté d'uniformisation de l'islam. Quels en sont les enjeux ?
Axe 2 : L’effort intellectuel hors
des terres d’islam
Le contexte
actuel de globalisation entraîne un nouveau partage de l’autorité entre
‘ulamâ’, prédicateurs, et intellectuels. Comment comprendre la logique de
complexification à l’œuvre aujourd’hui? Qui parle au nom de l’islam, qui est
écouté ?
Axe 3 : Nouvelles formes de
prédication, du prêche en assemblée à l’islam 2.0.
À côté
des espaces publics traditionnels, tels les lieux de prière, existent des
espaces publics « médiatiques » virtuels, qui contribuent à façonner
les pratiques et les tendances au sein de l’opinion. Imprimerie, radio,
cassettes ont été de puissants véhicules idéologiques, avant que les émissions
et débats télévisés, les centres d’appel islamiques, puis internet aujourd’hui,
ne se développent. L’émergence et le développement de ces nouveaux moyens de
communication donnent une forme nouvelle aux discours et aux pratiques de
l’islam.
La journée doctorale se situe dans une perspective pluri- et
transdisciplinaire, les communications peuvent donc utiliser des approches
anthropologiques, ethnologiques, historiques, géographiques, socio-économiques
et sociologiques. Elle se tiendra le 21 mai 2012, à l’EHESS, sous
la forme de tables rondes. Afin de favoriser les échanges, chaque communication
– 20 minutes environ – sera suivie et commentée par des discutants, membres du
centre ou invités par les organisateurs. Les étudiants souhaitant y participer
peuvent envoyer une brève présentation de leur proposition de communication
jusqu’au 20 avril 2012 au comité d’organisation à l’adresse mail:
journeedoctorale.chsim2012@gmail.com
Comité d’organisation: Sebastien PATACQ,
Alienor CADIOT, Laurent DAMESIN, Lucie DUHAMEL, Carl-Loris RASCHEL, Naim
JEANBART, Hinde MAGHNOUJI, Kahina MAZARI, Nadia TALATA
ldamesin@yahoo.com, naimjeanbart@gmail.com, sebastien_patacq@hotmail.com