L'Institut de Recherches et d’Etudes sur le Monde Arabe et Musulman a obtenu la note maximale de A+ lors de sa dernière évaluation par l'AERES.
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Rapport
1- Introduction
• Date et déroulement de la visite:
La visite a lieu le 8 mars 2011 dans les locaux de la MMSH à Aix-en-Provence, en l’absence de l’un des experts, M. Raymond Jamous, empêché en raison de circonstances graves survenues dans sa famille proche. La décision de maintenir la visite à la date prévue a été prise en accord avec les représentants des tutelles et la direction du laboratoire. Le rapport écrit préparé par M. Jamous est intégré au présent rapport du comité d’experts. De 9h30 à 10h celui-ci se réunit à huis clos. Entre 10h et 11h30 se tient la réunion plénière en présence des tutelles, suivie de la rencontre avec leurs représentants (11h30-12h). Le comité rencontre ensuite à huis clos les doctorants (12h-13h), les ITA (14h15-15h) et la direction de l’UMR (15h-15h30). Il se réunit à huis clos entre 15h30 et 18h.
• Historique et localisation géographique de l’unité et description synthétique de son domaine et de ses activités:
Fondé en 1986, l’Institut de Recherches et d’Études sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM) est l’héritier de plusieurs centres plus anciens qui, dès 1958, ancrent à Aix-en-Provence un pôle pluridisciplinaire de recherche sur la rive sud de la Méditerranée. Sa création (à l’origine, comme « institut fédératif ») répond à la nécessité de remembrer un dispositif de recherche éclaté alors en quatre équipes différentes. Elle entérine l’élargissement à l’ensemble du monde musulman méditerranéen de travaux initialement centrés sur l’Afrique du Nord et la place croissante prise par les disciplines des sciences sociales dans la connaissance des sociétés contemporaines. Son ancienneté et la richesse de ses fonds documentaires en ont fait l’un des plus gros centres de recherche français sur cette partie du monde.
C’est aujourd’hui une « unité mixte de recherche » qui associe le CNRS, les trois Universités d’Aix-Marseille et l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence. Installé au sein de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme (1997), sur le campus du Jas de Bouffan, l’Institut a une mission complexe, de recherche, de documentation, de formation à la recherche, d’accueil, de publication et de dissémination du savoir. Il bénéficie du concours d’une quarantaine de permanents, - chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs et techniciens -, et du relais d’un large réseau de membres associés.
Son domaine est le monde arabe et la Méditerranée. Il s’agit d’un laboratoire caractéristique du positionnement des « aires culturelles », à la croisée d’une pratique des langues, des textes et du terrain et au croisement d’un grand nombre de disciplines des SHS (histoire, ethnologie, sociologie, sciences politiques, linguistique).
• Equipe de Direction:
L’UMR est dirigée par Mme Ghislaine ALLEAUME (CNRS). La directrice adjointe depuis 2010 en est Mme Homa LESSAN-PEZECHKI (MCF, Département d’études moyen-orientales).
2- Appréciation sur l’unité
• Avis global sur l’unité:
L’IREMAM est une unité d’excellence, une référence incontournable dans le paysage français et européen de la recherche et de l’enseignement sur l’aire considérée, dont le rayonnement dépasse de loin les contours géographiques de cette, aire ainsi que les frontières nationales.
Nourrissant une recherche pluridisciplinaire unifiée à la fois par l’ensemble régional et culturel qui y est étudié et par la convergence des méthodes qu’il déploie, le laboratoire présente un tableau positif et encourageant du bien-fondé des formations « aires culturelles » dans le paysage de la recherche et de l’enseignement supérieur.
Dans l’ensemble des laboratoires disciplinaires rassemblés au sein de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme, il apporte ainsi une approche interdisciplinaire cohérente qui l’inscrit fortement au coeur des ouvertures et des circulations favorisées par la MMSH.
• Points forts et opportunités:
Insertion régionale et internationale d’un excellent niveau. De même, il convient de souligner l’inscription très dynamique de l’UMR dans le réseau des UMIFRE. Ce point à des effets très positifs sur le plan de la formation, autre point fort de l’UMR (cf. ci-dessous).
Publications et médiatisation. L’IREMAM diffuse les résultats des travaux accomplis par de nombreuses publications en association avec différentes maisons d’édition, ou par colloques, tables rondes et notamment par des séminaires ouverts au grand public. Il dispose d’un très riche centre de documentation, de revues scientifiques de réputation internationale et d’archives sonores. Depuis quelques années, les chercheurs de l’IREMAM ont le mérite de valoriser leurs travaux sous forme de documentaires cinématographiques. Des formations en ce domaine sont régulièrement proposées aux chercheurs de l’équipe.
Adaptation aux nouvelles donnes de la recherche. C’est aussi un laboratoire qui a su s’adapter aux nouvelles donnes du monde universitaire et de la recherche, et qui fonctionne largement par contrats. Mais ce fonctionnement par contrats ne nuit aucunement à la logique de laboratoire. Il vient au contraire la renforcer, contribuant à la production d’une recherche dynamique et originale, parfaitement intégrée (ce qui est loin d’être toujours le cas) dans son cadre institutionnel, et renforcée dans ses qualités par le bon usage de la transdisciplinarité.
Intégration des différentes disciplines. Il y a une intégration réussie des différentes disciplines au sein de l’UMR, sans effacement pour autant de l’apport de chacune. La restructuration thématique inscrite au projet de l’unité pour le prochain contrat en est la preuve, qui propose, à côté des axes thématiques, des pôles disciplinaires : « Sciences sociales du contemporain », « Langues, littérature et linguistique », « Histoire : objets et pratiques ».
Dans le laboratoire d’excellence qu’est l’IREMAM, recherche et formation sont étroitement associés. L’IREMAM constitue un pôle de formation attractif, fonctionnant avec deux écoles doctorales et un nombre important de chercheurs et enseignants chercheurs ayant une habilitation à diriger des recherches qui encadrent près de 90 doctorants. La diversité des origines géographiques de ces jeunes chercheurs est une preuve supplémentaire de l’attractivité du laboratoire.
On ne peut également que se féliciter de la qualité du soutien à la recherche, du fait d’une équipe d’ITA/BIATOS cohérente et diversifiée. Les problèmes qu’avait connus le laboratoire, laissé un temps sans gestionnaire, semblent au moins partiellement résolus. Les activités de l’équipe ITA s’exercent avec profit dans plusieurs directions (outre la gestion et l’administration):
- Activités documentaires et de numérisation. Il faut noter la très grande richesse du fonds patrimonial du laboratoire, intégré à une médiathèque dont il constitue la plus grande part des richesses. La très belle collection de manuscrits berbères est en cours de numérisation, ce qui assurera des possibilités inédites de valorisation. Il y a également un projet de numérisation des fonds d’archives. L’IREMAM est aussi pôle associé avec la BnF.
- Numérisation et mise en ligne des revues : La REMM et l’Année du Maghreb sont en ligne avec une barrière mobile de trois ans. L’Annuaire de l’Afrique du Nord, dont a pris la suite l’Année du Maghreb, a été numérisé entièrement en interne et est intégralement accessible en ligne. L’Encyclopédie berbère est en cours de numérisation. Toutes ces revues sont accessibles à partir d’un site web efficace et bien fourni.
- Communication : le site web est une des pièces d’une politique de communication qui porte ses fruits. Il est bien fait, tenu à jour et parfaitement informé, et est complété par un blog des doctorants. Deux types de rencontres sont régulièrement organisés : celles de « l’Iremam accueille » permettent aux chercheurs étrangers invités de présenter leurs recherches ; les « Rencontres de l’IREMAM » sont ouvertes à un large public. On notera également l’organisation d’expositions. Les récents événements en Afrique du Nord permettent de constater que l’IREMAM a aussi une excellente capacité de réponse à la demande sociale.
- Edition : des conventions avec des éditeurs privés (Karthala, CNRS Editions, Geuthner) assurent des débouchés aux travaux des membres de l’IREMAM, dont un comité éditorial indépendant garantit la qualité.
• Points à améliorer et risques:
Le site internet de l’unité est bien construit et la diffusion des travaux du laboratoire est dynamique. Il serait néanmoins souhaitable de renforcer la diffusion sur le site de certains travaux collectifs, de conférences et séminaires d’invités. Certes les résumés de ces interventions sont utiles. Mais on pourrait envisager de mettre à la disposition des chercheurs des textes plus complets. Cela permettrait aussi à un vaste public d’avoir accès à ces données. Comme cela a été noté, les chercheurs de l’IREMAM ont établi des dossiers de presse sur le renouveau et l’évolution de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye. Cette initiative heureuse mériterait d’être développée non seulement sur ce sujet mais sur d’autres thèmes qui sont ceux de l’unité.
La médiatisation des travaux du laboratoire, bien que déjà fort satisfaisante, souffre de la localisation à Paris des grands médias. Néanmoins, l’effort fait actuellement à propos des révolutions arabes va dans la bonne direction.
L’échéance 2013 peut s’avérer difficile compte tenu des départs à la retraite.
• Recommandations:
Les études berbères ont pleinement leur place au sein du laboratoire. Il convient de trouver les moyens appropriés pour les maintenir dans le champ.
Ayant pris le tournant de la recherche sur contrat avec une grande maîtrise, l’UMR pourrait se tourner davantage vers les grandes entreprises dans le domaine de l’expertise sur l’aire Méditérannée et éventuellement pour des actions de mécénat scientifique (en s’appuyant, par exemple, sur les réseaux d’anciens travaillant dans le monde de l’entreprise).
On ne peut que souhaiter qu’un représentant des doctorants siége à brève échéance au conseil de laboratoire.
Il est capital que l’université pérennise le poste de gestionnaire du laboratoire qui fonctionne en CDD depuis 2007 et que le CNRS veille à assurer le renouvellement de l’équipe de soutien à la recherche, indispensable au dynamisme et au développement du laboratoire.
Il serait également souhaitable que le CNRS reconnaisse le travail effectué par les membres de cette équipe en revalorisant des carrières bloquées depuis trop longtemps.
3- Appréciations détaillées:
• Appréciation sur la qualité scientifique et la production:
La production éditoriale du laboratoire est qualitativement et quantativement importante. Sur les 4 années écoulées, 11 ouvrages collectifs auxquels ont participé les membres du laboratoire ont été publiés, dont 5 rendant compte de l’exécution des contrats de recherche. Par ailleurs, il y a eu 40 thèses soutenues.
Si durant une première période, cette unité a centré ses recherches sur le Maghreb, elle a depuis élargi ses intérêts scientifiques au reste du monde arabe et même parfois au-delà. Cette vaste zone est étudiée d’un point de vue comparatif et pluridisciplinaire associant linguistes, historiens, géographes, politologues, ethnologues. Les thèmes et programmes de recherches respectent les travaux disciplinaires qui sont l’oeuvre de chercheurs et développent avec beaucoup de pertinence dans les cinq équipes de recherche des thèmes exploratoires sur la transition politique, sur le rapport entre histoire, religion droit et société, sur les usages de la langue, le système relationnel au Maghreb, etc.
Pour compléter un tableau très satisfaisant, on peut noter que les tutelles apportent un soutien déterminé au laboratoire. L’IREMAM bénéficie de la 4eme plus importante dotation d’unité de la part du CNRS, qui a de plus rajouté 5000 € à la dotation initiale pour le programme « Anthropologie, histoire et image ». Le CNRS reconnaît le caractère stratégique d’une unité présente à l’échelle européenne, et l’existence d’une culture de laboratoire confortée par une gouvernance qui « va dans la bonne direction ». Les universités d’Aix-Marseille bientôt regroupées en une seule reconnaissent l’apport essentiel du laboratoire dans le domaine de l’enseignement et des langues, ainsi que sa présence dans les projets de Labex (le laboratoire est partenaire au sein de deux projets). La future gestion des crédits recherche en HT permettra un effort supplémentaire de l’université en matière de crédits-recherche.
• Appréciation sur le rayonnement, l’attractivité, et l’intégration de l’unité de recherche dans son environnement:
L’unité bénéficie d’une très bonne insertion régionale et internationale (sa réputation en Amérique du Nord n’est plus à faire), tant au niveau de l’enseignement que de la recherche. Au niveau international, son attractivité est indéniable (elle attire chercheurs et doctorants de toutes les parties du monde). Au niveau régional, elle fonctionne en parfaite symbiose avec la MMSH, et sait utiliser cet ancrage à son profit tout en contribuant fortement aux programmes de la MMSH. L’insertion très dynamique de l’UMR dans le réseau des UMIFRE, avec lesquelles elle collabore régulièrement, a été soulignée plus haut, ainsi que les effets positifs qui en découlent sur le plan sur le plan de la formation.
• Appréciation sur la gouvernance et la vie de l’unité:
Tous les points ci-dessus mentionnés prouvent une excellente dynamique de groupe et la parfaite intégration de tous les personnels (enseignants-chercheurs, chercheurs, ITA-BIATOS, chercheurs invités, doctorants) à l’unité. Cela est aussi lié bien entendu, après les vicissitudes d’un passé désormais oublié, à la qualité d’une équipe directoriale qui assure la bonne gouvernance du laboratoire, avec souplesse et détermination.
Les doctorants reconnaissent en particulier la qualité du soutien qui leur est apporté : intégration dans les recherches du laboratoire, participation à colloques et conférences, effort apporté pour les publier, effort financier à concurrence d’un voyage par an pour chacun. L’attention aux carrières professionnelles post-doctorales est très appréciable.
Le laboratoire s’est très bien adapté aux nouvelles donnes et modes de gestion de la recherche. Le volume budgétaire cumulé des contrats (ANR, Fonds de solidarité prioritaire du Ministère des Affaires étrangères et collectivités territoriales) est désormais légèrement supérieur à celui des subventions d’état, ce qui souligne l’excellente réactivité du laboratoire aux appels d’offres. Il faut aussi noter, car cela a une importance particulière, que les réponses aux appels d’offre ne nuisent aucunement à la cohérence des lignes scientifiques du laboratoire. Manifestement, le choix des appels d’offre se fait en fonction des logiques propres du laboratoire, et ne suscite aucune dispersion ou éclatement des recherches.
• Appréciation sur la stratégie et le projet:
Les éléments notés ci-dessus participent d’une stratégie évolutive qui illustre le caractère dynamique de l’UMR. A ces aspects matériels il convient d’ajouter une dynamique méthodologique et thématique qui fait du projet scientifique de l’IREMAM tout le contraire d’une analyse fixe d’un objet fixe selon une définition étriquée des « aires culturelles ». Si durant une première période, l’unité a centré ses recherches sur le Maghreb, elle a depuis lors élargi ses intérêts scientifiques au reste du monde arabe et même parfois au-delà. L’étude d’un point de vue comparatif et pluridisciplinaire de cette vaste zone associe linguistes, historiens, géographes, politologues et ethnologues. Les thèmes et programmes de recherches respectent les travaux disciplinaires qui sont l’oeuvre de chercheurs et développent avec beaucoup de pertinence dans les cinq équipes de recherche des programmes exploratoires sur la transition politique, sur le rapport entre histoire, religion droit et société, sur les usages de la langue, le système relationnel au Maghreb, etc.
Les principales caractéristiques de l’IREMAM – ancrage des recherches et de l’enseignement dans la pratique des langues, des textes et du terrain, mise en relation de la profondeur historique et de l’horizon contemporain, documentation importante – définissent un laboratoire d’aire culturelle au meilleur sens méthodologique du terme. A l’heure où les spécificités linguistiques, historiques, culturelles, géographiques, sont parfois effacées au profit des approches globales, ou érigées en bastions identitaires, le déploiement de cette méthode est un risque et l’excellence des résultats prouve que le défi est relevé, en renforçant ainsi la cause des « aires culturelles » ainsi entendue.
Il faut souhaiter, bien entendu, que l’unité continue dans cette voie en soulignant les types de méthodes comparatives permettant cette approche pluridisciplinaire. Cette réflexion épistémologique sera très utile pour comprendre comment on peut étudier le monde méditerranéen : à quel niveau il faut référer l’unité de la région (à la langue arabe, à l’histoire, à la culture partagée, à la géographie de l’espace méditerranéen, etc.) et à quel autre niveau il convient d’analyser la diversité des sociétés (différences entre les sociétés du Maghreb et celles du Proche-Orient, différences de leur évolution historique et contemporaine).
La visibilité nouvelle donnée aux différentes disciplines, dont les apports existaient déjà dans le précédent quadriennal de manière plus implicite, ne peut que contribuer à renforcer la qualité du « melting pot » disciplinaire qu’est le laboratoire, et l’enrichissement que chaque discipline propose à toutes les autres. En un mot, il y a à l’IREMAM une véritable culture de laboratoire à laquelle les réponses aux appels d’offres et l’obtention de contrats, bien loi de l’entamer, donnent une vigueur nouvelle.
IREMAM- Institut de Recherches et d'Etudes sur le Monde Arabe et Musulman, Note globale A+.
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