Le bac inutile

pcassuto | 24 juin, 2012 12:06

Michel Fize : "le courage serait de dire que le bac n'existera plus à la fin du quinquennat". Alors que plus de 700 000 can­di­dats planchent pour ten­ter de décro­cher le bac­ca­lau­réat, le socio­logue Michel Fize, cher­cheur au CNRS, vient de publier un brû­lot inti­tulé "Le bac inutile"(Le Bac inutile, éditions L’œuvre, 128 pages, 19€). Entretien par Charles Centofanti.
Pourquoi dites-vous que le bac est inutile, qu'"il ne sert plus à rien" ?

Le bac illustre la faillite du Diplôme avec une majus­cule. En France, la moi­tié des diplô­més sont au chô­mage. Pour les déten­teurs du seul bac­ca­lau­réat, les pers­pec­tives d'insertion sont limi­tées. Le bac reste ce qu'il a tou­jours été : un pas­se­port pour l'université. Et encore, pas n'importe laquelle... L'argument de l'égalité répu­bli­caine ne tient pas : je rap­pelle qu'il existe plus de 70 bacs en France, dont la valeur est incom­pa­rable. Entre un bac S obtenu dans un lycée pari­sien pres­ti­gieux et un bac tech­nique décro­ché dans un lycée de ban­lieue, il n'y a pas photo! Et puis le bac c'est du bacho­tage: il évalue une série de connais­sances apprises par cœur et se borne à être un exer­cice de mémoire qui évalue davan­tage les connais­sances que les com­pé­tences. Supprimer le bac, c'est sau­ver le savoir.
Faut-il néces­sai­re­ment le sup­pri­mer et par quoi le remplace-t-on ? La solu­tion ne serait-elle pas de lui redon­ner de la valeur en le ren­dant plus sélectif ?

Il est impos­sible de redon­ner de la valeur à un tel mas­to­donte. 700 000 can­di­dats tentent de l'obtenir cette année, bien­tôt un mil­lion... La sup­pres­sion du bac est la condi­tion du chan­ge­ment. Ensuite, il faut un contrôle continu per­ma­nent, ce qui ne veut pas dire des inter­ro­ga­tions tous les matins mais régu­liè­re­ment. Tous les bacs tech­no­lo­giques intègrent déjà du contrôle continu. On ne peut pas ima­gi­ner une école qui ne soit pas com­pé­ti­tive mais on peut apprendre à affû­ter ses armes ensemble. Le contrôle continu n'a de sens que si l'on refonde l'école.
Vous dites qu'il y a "trop de diplô­més" en France. Ne faut-il pas au contraire s'en réjouir ?
Non car para­doxa­le­ment il y a trop de diplô­més mais pas assez de gens ins­truits et adap­tés aux besoins du monde du tra­vail. Il faut recon­nec­ter les diplômes aux besoins d'emplois.
De nom­breux parents et ensei­gnants admettent que l'examen pour­rait être remplacé. Vincent Peillon lui-même n'est "pas hos­tile" à une part de contrôle continu. Pourquoi ne franchit-on pas le pas? Est-ce si dif­fi­cile de réfor­mer l'Education nationale?

Le bac est un monu­ment his­to­rique. Il est le sym­bole d'un passé sco­laire jugé glo­rieux. Or en période de crise il est dif­fi­cile de se débar­ras­ser de ses mythes. Les ministres Jack Lang, François Fillon et Xavier Darcos ont tenté de réfor­mer le bac. A chaque fois, ils se sont heur­tés à une forme de fas­ci­na­tion obses­sion­nelle pour un diplôme censé sanc­tion­ner le mérite. Les grandes réformes reposent sur le cou­rage poli­tique. Aujourd'hui, le cou­rage serait de dire que le bac n'existera plus à la fin du quin­quen­nat. Il faut pro­cé­der par étapes, avec une mise en place pro­gres­sive du contrôle continu. Ce qui per­met­trait quelque 60 mil­lions d'euros d'économie par an, au bas mot. Une somme suf­fi­sante pour recru­ter 5000 ensei­gnants, 8000 infir­mières et finan­cer 250 000 bourses.
La sup­pres­sion du bac ne risque-t-elle pas d'induire une sélec­tion accrue à l'entrée des universités ?

Il faut sur­tout éviter ça ! L'entrée à l'université est un droit. Il ne s'agit pas de ren­for­cer la sélec­tion qui existe déjà mais au contraire de par­ve­nir à la réus­site de cha­cun, via un par­cours plus per­son­na­lisé et une orien­ta­tion posi­tive. Il exis­tera tou­jours une élite, l'important c'est que cha­cun soit élite dans son domaine. Il faut pri­vi­lé­gier l'excellence pour tous.
Faut-il s'inspirer de nos voi­sins et existe-t-il un sys­tème juste, équi­li­bré et performant ?

L'Allemagne dis­pose d'un équi­va­lent au bac, l'Abitur, qui com­prend 70% d'épreuves en contrôle continu. Ce dis­po­si­tif a fait ses preuves. En Espagne, il n'y a pas d'examen final et en Belgique il n'y a pas d'équivalent. Si notre bac était si bien, il exis­te­rait par­tout ! Le contrôle continu per­met­trait une vie sco­laire moins stres­sante, d'être heu­reux à l'école, ce que les élèves ne sont pas actuellement.
Michel Fize: "modet er at sige, at færgen ikke længere er til stede ved afslutningen af quinquennium." Mens mere end 700.000 kandidater planchent forsøg på at vinde bachelor, har sociologen Michel Fize, forsker ved CNRS, har offentliggjort en sønderlemmende angreb på "Tanken ubrugelig." Interview af Charles Centofanti. Mere...

 Souscrire dans un reader

Add to Google Reader or Homepage

Add to netvibes

Chercher


Récemment…

Catégories