Etude sur la relation formation/emploi dans le spectacle vivant
pcassuto | 29 avril, 2012 17:39
Une étude a été commanditée au Céreq, remise en 2012, sur la relation entre la formation professionnelle et l'emploi dans le spectacle vivant.Cette étude qualitative croise deux approches (exploitation de fichiers du Céreq et Audiens) et entretiens auprès de professionnels. Consulter le rapport sur la relation formation/emploi dans le spectacle vivant.
Synthèse générale
Caractériser la relation formation / emploi dans le domaine du spectacle vivant suppose, dans le système français de formation, de s’intéresser successivement à la formation initiale en lien avec l’insertion professionnelle puis à la formation professionnelle continue en lien avec les parcours professionnels.
Ces deux aspects sont analysés, chacun d’eux selon une méthode particulière, et restitués ci-après dans les deux parties distinctes du rapport.
Première partie : Formation initiale et insertion professionnelleMéthodologie :
1- exploitation de l’enquête génération du Céreq (parcours de 620 individus pris en compte)
2- entretiens qualitatifs (32 entretiens réalisés)
Le premier aspect de la relation formation / emploi consiste à examiner les premières années de vie active des sortants14 en 2004 de formations professionnelles du domaine du spectacle vivant et des sortants d’autres formations (interrogés en 2007 c'est-à-dire à trois ans de leur sortie) mais ayant au cours de leurs trois premières années de vie active au moins une expérience professionnelle (une séquence d’emploi) dans le spectacle vivant. Une partie de ces sortants de 2004 ayant été réinterrogée en 2009 l’analyse peut être poursuivie lors des quatrième et cinquième années de vie active.
La source utilisée est l’enquête Génération15 du Céreq qui interroge une cohorte de 50 000 sortants scolaires trois et cinq ans après leur sortie.
Deuxième partie : Formation continue et parcours professionnels
Méthodologie :
Croisement de listes de stagiaires fournies par les organismes de formation avec la base du Groupe Audiens (12 organismes de formations volontaires et 322 parcours de stagiaires analysés.)
Le second aspect de la relation formation / emploi consiste, avec l’aide du Groupe Audiens qui collecte notamment les cotisations retraite des personnels du secteur, d’examiner le rôle de la formation continue (des adultes en cours de carrière) sur les parcours professionnels.
Il ne s’agit à ce stade que d’une première expérience qui observe le parcours professionnel des participants à une formation trois ans avant leur entrée en formation et trois ans après la fin de cette formation. Après autorisation de la Commission Informatique et Liberté (CNIL), quelques organismes de formation du domaine du spectacle vivant ont bien voulu nous adresser une liste de participants à certaines de leurs formations en 2006 et le Groupe Audiens a renseigné les parcours de 2003 à 2009.
Il ne s’agit donc pas d’une étude portant sur un échantillon représentatif mais d’un premier essai qui permet d’entrevoir les principales tendances à l’oeuvre et qui pourrait inspirer des travaux plus systématiques à l’avenir. La nécessaire confidentialité attachée à ce type de travaux nous interdit tout travail sur des informations non anonymisées et donc toute ré-interrogation.
Constats sur la relation formation initiale/emploi
Quelques conclusions inhabituelles ressortent de cette étude :
Alors que pour l’ensemble des formations professionnelles initiales moins d’un jeune sur deux exerce dans les trois ans qui suivent la fin de ses études un emploi en relation avec le contenu de sa formation16, dans le domaine du spectacle vivant, la plupart des sortants d’une formation professionnelle du spectacle connaissent au moins une séquence d’emploi située dans le secteur professionnel.
Mais plus qu’un approvisionnement auprès des formations relevant de son domaine, le secteur du spectacle vivant recrute des jeunes issus d’autres formations. La part des sortants travaillant dans le spectacle vivant au sein d’une même génération (ceux qui ont terminé leurs études au cours de la même année) est constituée majoritairement de sortants d’autres formations.
Ce phénomène peut être attribué à l’attrait des activités de ce secteur auprès des jeunes, mais aussi, peut être lié au fait que des pratiques du domaine artistique (danse, musique, théâtre…) accompagnent souvent la scolarité sans y être incluse.
Sans surprise trois types de liens formation/emploi peuvent être distingués avec netteté selon les trois grandes familles de métiers: artistes, techniciens et administratifs.
Deux caractéristiques individuelles viennent cependant fortement bouleverser cette classique partition : le sexe et l’origine socioprofessionnelle.
1) Le sexe
C’est parmi les techniciens que la question du sexe opère les séparations les plus nettes : les hommes formés aux métiers techniques du spectacle vivant ont une insertion assez aisée et pratiquent en parallèle d’autres activités hors du secteur mais qui, pour beaucoup, ont un caractère complémentaire (dans de spécialités proches), alors que les femmes pratiquent des métiers moins rémunérés et plus précaires et sont souvent conduites à exercer d’autres activités à caractère purement alimentaire, quand ce n’est pas simplement à abandonner les activités du secteur.
Majoritaires parmi les débuts de carrière des administratifs (près des ¾) les femmes sont fortement diplômées, plus généralement issues de formations non spécifiques au spectacle vivant et issues de familles plutôt aisées. Leur insertion professionnelle est meilleure lorsque leur formation initiale ne relève pas du domaine du spectacle vivant.
2) L’origine socioprofessionnelle combinée au sexe
Ce sont les artistes qui semblent les plus sensibles à la combinaison de l’origine socioprofessionnelle avec le sexe. Les hommes issus de familles de cadres ou de professions intermédiaires ont l’insertion la plus aisée ou la moins complexe. Cette insertion est d’autant plus réussie que leur formation ne relève pas du domaine du spectacle vivant.
Les artistes femmes issues du même type de familles et plus fréquemment que les hommes ayant suivi des formations du secteur se trouvent dans des situations plus défavorables en termes de fréquence d’emploi et de niveau de rémunération que les hommes.
Enfin les jeunes hommes et femmes issus de familles populaires, dotés de diplômes de niveau moyen, s’insèrent difficilement et s’inscrivent plus fréquemment dans des logiques d’enseignement à la périphérie du champ du spectacle vivant.
De manière générale les partages sexués et ceux liés à l’origine socioprofessionnelle des familles dont sont issus ces jeunes sont très marqués. Les sources habituelles des inégalités en matière d’insertion professionnelle des sortants de formation initiale se retrouvent dans les pratiques du secteur. Le secteur cependant s’approvisionne en emplois juvéniles plus largement auprès de formations qui ne préparent pas spécifiquement aux métiers du spectacle vivant. Mais ceux qui participent aux formations spécifiques du domaine s’insèrent plus fréquemment dans le secteur que dans d’autres spécialités de formation professionnelle.
Les résultats dont il est fait état ici ne sont pas issus de travaux statistiques qui peuvent être considérés comme représentatifs. Les phénomènes analysés sont cependant suffisamment marqués pour prétendre à une certaine généralité. Ces constats mériteraient probablement de plus amples confirmations par des travaux de plus grande ampleur. La méthode en est esquissée et traitée ; elle atteste de la capacité à analyser la question de l’influence de la formation sur les parcours professionnels.
Les résultats commentés portent sur un peu plus de trois cents personnes réparties dans les trois grandes spécialités du spectacle vivant.
Le premier et principal résultat est que ces formations ne sont pas conformes à l’appellation qui les désigne: « formation professionnelle continue ». En effet, près du tiers des stagiaires formés en 2006 n’ont eu aucune activité dans le secteur du spectacle vivant dans les trois années qui précèdent leur formation (2003-2004-2005). La partition habituelle tant dans la spécialité des organismes de formation que dans la qualité des participants à ces formations contredit la dualité traditionnelle entre formation initiale et formation continue.
Ce fait est en partie à rapporter au constat réalisé dans les travaux relatifs à la qualité des formations: bien plus que dans d’autres formations continues, les organismes du domaine recrutent des stagiaires qui autofinancent leur formation, alors que pour les adultes l’essentiel des formations suivies est financé soit par leur employeur (public, privé ou OPCA) soit par les régions ou Pôle emploi. L’appareil de formation continue contribue ainsi à accroître le nombre des personnes employées dans le secteur. Pour l’essentiel ces personnes obtiennent des contrats de faibles durées qui, même cumulées dans le temps, ne leur permettent généralement pas d’accéder à l’indemnisation du chômage.
Les variations conjoncturelles de l’activité dans le spectacle vivant ne permettent pas de conclure avec beaucoup d’assurance sur le second point: la formation continue protège-t-elle les transitions ? Cette question, conforme au discours européen sur la « flexicurité », est plus particulièrement importante dans un secteur à forte présence de contrats courts.
Les intermittents, quelle que soit leur spécialité, voient les formes de leur emploi rester stables ou pour une faible partie d’entre eux évoluer vers le CDI (7%). Ceux d’entre eux qui n’avaient pas la capacité à ouvrir des droits à l’assurance chômage augmentent un peu leur chance d’y parvenir, alors qu’une partie d’entre eux semblent plutôt quitter le secteur. Mais le point le plus curieux tient au fait qu’une fraction non négligeable de ceux qui étaient titulaires d’un CDI avant leur formation s’oriente vers le CDDU.
C’est sans doute parmi les techniciens que les mouvements d’entrée dans le secteur après une formation sont les plus importants. Cette entrée relativement massive se double d’un accroissement de la part d’entre eux qui sont salariés intermittents sans droit au système spécifique d’indemnisation du chômage.
Les formations administratives sont aussi une manière d’accroître le nombre des salariés mais le phénomène le plus marquant est celui de la nette croissance des contrats en CDI.
Pour les artistes enfin la formation accroît leur nombre mais de façon relativement modeste par rapport aux deux autres catégories. Les nouveaux arrivants s’orientent plutôt vers une intermittence non indemnisée alors que les non indemnisés parviennent plus aisément à intégrer la partie des intermittents indemnisés.
Sommes-nous face à un particularisme sectoriel ou devant des éléments très accentués de tendances à l’oeuvre dans les autres professions ? Rien ne permet de conclure avec certitude. L’indistinction cependant des rôles sociaux attribués à la formation initiale par rapport à la formation continue, ses effets salariaux non négligeables incitent à conclure en faveur d’une forme d’avance sur le chemin tortueux de la formation tout au long de la vie...
1-1 Introduction à la première partie
L’objet de cette partie est la relation formation professionnelle initiale/emploi dans le spectacle vivant. Cet objet est complexe et ne se résume pas à une relation adéquationniste largement battue en brèche par les statistiques du Céreq, et ce dans tous les secteurs d’activité. Nous ne nous attendions donc pas à constater une adéquation entre les formations spécifiques et les emplois occupés, telle qu’un individu formé au spectacle vivant travaille systématiquement dans le spectacle vivant et qu’un travailleur du spectacle vivant soit nécessairement formé à cela. Une telle adéquation ne se retrouve de fait que dans les marchés professionnels réglementés (santé, travail social,…).
La notion d’adéquation peut cependant être utile pour aborder le sujet. Une adéquation parfaite correspondrait à une situation en deux points.
- D’une part tous les formés au spectacle vivant travailleraient de façon durable dans le spectacle vivant (logique de destinée des sortants du système éducatif).
Avoir suivi une formation spécifique serait alors suffisant pour travailler dans le secteur.
- D’autre part tous les travailleurs du spectacle vivant auraient un titre ou diplôme spécifique au secteur (logique de recrutement du secteur).
Avoir une formation au spécifique serait alors nécessaire pour travailler dans le secteur.
Quel que soit le point de vue que l’on adopte, une telle relation est structurée par les flux de sortants du système éducatif (fonction de l’offre de formation et des aspirations des jeunes) et les flux entrants dans le secteur, autrement dit les emplois offerts.
Compte tenu de la forte attractivité du secteur du spectacle, l’offre de formation20 est relativement importante. La destinée professionnelle des formés n’est donc pas assurée. On ne s’attend donc pas, à priori, à observer une situation où une formation spécifique au spectacle vivant serait suffisante à une insertion durable dans le secteur.
Par ailleurs, il existe une proximité entre les pratiques professionnelles et les pratiques culturelles en marge des formations scolaires ou universitaires. Bon nombre d’individus sans formation « formelle »21 peuvent donc légitimement se prévaloir de compétences requises pour les emplois disponibles. En cela la nécessité d’une formation formelle peut ne pas être observée.
Il semble que le spectacle vivant n’assimile plus le « talent » à une compétence quasi magique, à la fois suffisante, non transférable et que la formation pourrait au mieux révéler ou faire s’épanouir. Il n’en demeure pas moins que le recrutement du secteur n’a pas vocation à se restreindre aux sortants de formations formelles spécifiques au spectacle vivant.
Le spectacle vivant comporte une complexité additionnelle dans la mesure où une grande partie, et son coeur d’activité que sont les représentations publiques, est instable et partiellement saisonnier. La production y est organisée en projet. C’est l’objet du régime spécifique d’assurance chômage que de faire en sorte que cette instabilité ne soit pas synonyme de précarité pour les individus ayant travaillé en CDDU, pour peu qu’ils soient ayants droit au titre de l’assurance chômage. Un individu professionnellement inséré n’est donc pas lié par un contrat permanent à un unique employeur mais, dans le cas du salariat intermittent, au fait qu’il ait suffisamment travaillé dans le champ pour prétendre à une indemnisation au titre des deux annexes. Compte tenu de cette construction institutionnelle, à un individu pleinement inséré dans le secteur ne correspond pas forcément un « équivalent temps plein annuel ».
En corollaire, le CDI n’étant pas la norme pour les artistes et techniciens, l’insertion professionnelle est plus progressive que dans les emplois des secteurs traditionnels. En règle générale, on ne devient pas artiste ou technicien professionnellement inséré à la sortie de sa formation comme on peut devenir ingénieur en CDI, passé les vacances d’été.
Compte tenu de l’instabilité du secteur, nous avons donc retenu dans l’étude l’ensemble des individus qui avait approché le secteur via au moins une activité rémunérée. Nous avons ensuite tenté d’approcher la notion d’insertion professionnelle par des indicateurs non dichotomiques que sont la part d’emploi dans le spectacle vivant. Ce que nous appellerons focalisation. Un processus d’insertion professionnelle efficient conduirait ainsi de 0 (étudiant) à 100% d’emploi dans le spectacle vivant, sachant néanmoins que bon nombre conservent une activité hors spectacle vivant durant de nombreuses années.
In fine, savoir si une formation spécifique au spectacle vivant permet une insertion plus probable, plus rapide et plus intense dans le secteur reste central du point de vue quantitatif. Mais cette question peut être complétée par l’identification des compétences valorisées par le secteur et qui autorisent une dispense de formation spécifique voire questionnent la pertinence de telles formations...
1-6 Conclusions de la première partie
Nous avons retenu dans cette partie de l’étude l’ensemble des individus qui avait approché le secteur via au moins une activité rémunérée ou une formation spécifique au spectacle vivant. Cela étant, bien des individus ont acquis des compétences professionnelles et, dans une bien moindre mesure, un embryon de réseau professionnel au cours de pratiques culturelles non liées à leur formation scolaire, ou universitaire, ou même à leur activité professionnelle.
Certaines des activités professionnelles hors spectacle vivant peuvent être considérées par les individus comme faisant partie intégrante de leur métier.
Outre une formation spécifique, la relation au spectacle vivant peut être diverse selon les catégories :
la formation ou la pratique d’un art particulier ;
une formation assez générale dont les frontières débordent assez largement le seul secteur du spectacle vivant tout en l’englobant ;
par une formation pointue non spécifique au spectacle vivant dont les compétences sont pertinentes dans le secteur du spectacle vivant.
La relation formation initiale / emploi est forte mais asymétrique : une formation initiale spécifique apparaît ainsi presque suffisante mais non nécessaire pour avoir au moins une expérience dans le spectacle vivant. Autrement dit, la grande majorité des individus formés au spectacle vivant ont une activité rémunérée dans le champ mais la majorité des travailleurs du champ n’ont pas de formation spécifique. Ce constat est plus net pour les administratifs et les techniciens.
La contrepartie de ce constat est qu’il peut être plus facile de travailler au moins une fois dans le spectacle vivant que d’en vivre de façon pérenne.
Globalement la formation initiale spécifique a pour premier effet d’augmenter la focalisation sur le secteur du spectacle vivant, en augmentant la densité d’emploi dans le spectacle vivant, mais aussi en diminuant la densité d’emploi tous secteurs confondus.
L’analyse des parcours d’insertion professionnelle à l’issue de la formation initiale a permis d’établir une classification selon 6 classes (ou sous-groupes).
En premier lieu les techniciens se séparent des administratifs et artistes.
Dans un deuxième temps, les artistes se dissocient des administratifs.
Dans un troisième temps, les artistes se séparent avec d’un côté les individus d’origine cadres ou professions intellectuelles supérieures et ceux d’origine populaire (ouvriers ou employés).
Dans un quatrième temps, les artistes d’origine cadres ou professions intellectuelles supérieures se séparent avec d’un côté les hommes et de l’autre les femmes.
Dans un cinquième et dernier temps, les techniciens se séparent selon le sexe.
Les techniciens hommes (classe 1) ont une insertion sur le marché de l’emploi (tous secteurs confondus) globalement plus difficile. Cependant, ils voient leur densité d'emploi spectacle vivant comme leur part d’emploi spectacle vivant augmenter avec le temps. Signe d'une insertion progressive, quoique relative, dans le secteur.
Pour eux, l’effet de la formation spécifique apparaît net et durable.
Les techniciennes (classe 6) ont encore plus de difficultés d’insertion que les techniciens hommes, malgré un plus haut niveau de diplôme et une plus grande spécialisation spectacle vivant. L’intensité d’emploi total pour cette classe est la plus faible, de même que l’intensité d’emploi spectacle vivant. L’effet d’une formation spécifique est ici très paradoxal. Si les techniciennes ont une part d'emploi spectacle vivant en début de période (46 %) similaire à leurs homologues masculins de classe 1, leur densité d’emploi y est plus faible (45 %). Bien que les effectifs soient faibles et les conclusions fragiles, il est notable que les techniciennes formées au spectacle vivant s'intègrent finalement moins au spectacle vivant que les techniciennes non formées. De façon contre-intuitive, les formées spécifiquement sont beaucoup plus nombreuses à quitter le champ. Mais leur formation est souvent très sexuellement marquée et peu porteuse tant dans le spectacle vivant que dans le reste de l’économie.
Les administratifs (classe 2), sont fortement diplômés. En termes de destinées les formations au spectacle vivant apparaissent très efficaces pour effectuer au moins une séquence d'emploi dans le champ. Mais ce peut être au prix d’une forte « décote » compte tenu du niveau de formation des individus rapporté aux salaires et conditions d’emploi. Le recrutement dans le champ demeure relativement pluraliste, laissant leur chance aux non-formés. A la différence des techniciens, les formations non spécifiques sont souvent plus larges que le spectacle vivant mais pouvant l’englober (secteur culturel). La formation semble favoriser l’apparition dans le champ mais ses effets ne s’inscrivent pas dans la durée et ce sont les administratifs qui cessent le plus souvent leur activité dans le secteur. Les administratifs non formés spécifiquement abandonnent plus rapidement mais moins fréquemment le secteur.
Pour les artistes la formation formelle spécifique apparaît plus nécessaire et cependant moins suffisante que dans les autres domaines. La formation induit une focalisation sur le secteur plus importante qui est due uniquement à une moindre activité hors du spectacle vivant.
Les artistes femmes (classe 4) représentent la classe pour laquelle la formation spécifique est la moins suffisante pour intégrer le secteur et beaucoup d’entre elles s’orientent vers le professorat. Elles ne sont pour autant pas exclues du marché du travail.
Concernant les artistes hommes (classe 5), leurs pratiques sont assez diverses, musiciens, comédiens, … Ce sont ceux qui se concentrent le plus sur les activités spectacle vivant. Leurs rémunérations spectacle vivant apparaissent comme les plus fortes de toutes les catégories. Comme pour les administratifs une formation au spectacle vivant diminue la densité d’emploi tous champs et augmente la densité d’emploi dans le spectacle vivant.
Cette classe est à la fois la plus insérée et la plus focalisée sur le spectacle vivant. Une formation spécifique y joue le rôle d’accélérateur de trajectoire.
Les artistes d’origine populaire (classe 3) ont un niveau de formation moyen pour le champ et des spécialités de formation diverses (dans le domaine du spectacle vivant aussi bien que extérieur). L’insertion professionnelle dans le spectacle vivant y est moins garantie par la spécificité de la formation. Dans la majorité des cas, c’est en tant que professeur qu’ils entrent dans le monde professionnel.
2-1 Introduction à la deuxième partie
Cette partie de l’étude consacrée à l’analyse de l’impact de la formation professionnelle continue sur le parcours professionnel se veut expérimentale. Son objectif premier est de vérifier la possibilité et l’intérêt d’observer dans le temps une partie de la population, les formés au spectacle vivant.
Il s’avère que les indicateurs, comme dans la plupart des cas, n’ont de sens qu’en comparaison. Il est ainsi théoriquement possible et pertinent de comparer une population ayant suivi une formation au reste de la population. Cependant, pour qu’une telle comparaison ait du sens, il convient alors de contrôler certaines des caractéristiques de la population observée. En effet, si celle-ci entre en formation c’est peut-être parce qu’elle est particulièrement fragilisée sur le marché du travail. Comparer ces trajectoires à celle de l’ensemble de la population, supposée plus stabilisée peut être trompeur.
Pour s’assurer que les populations sont comparables, on a en général recours à des variables de contrôle qui, si elles sont similaires dans les deux populations, peuvent laisser penser que le fait d’avoir suivi une formation est le principal élément distinctif, et donc le facteur explicatif majeur des différentes trajectoires.
Néanmoins, cette approche reste fortement dépendante des variables disponibles. Rien ne garantit qu’un facteur inobservé ne soit la cause à la fois d’une entrée en formation et d’une trajectoire particulière.
Pour l’heure, faute d’un nombre suffisant d’observations pour calibrer une population de référence, nous avons focalisé l’analyse sur l’aspect diachronique : plutôt que de comparer deux populations au même moment, nous suivons une même population, les formés au spectacle vivant en 2006, en des temps différents, avant et après une formation professionnelle continue.
L’avantage est de suivre les mêmes individus, donc avec la plupart des caractéristiques constantes. L’inconvénient peut être que le temps ne soit lui-même pas neutre. Ainsi l’année 2003/2004 apparait-elle singulière dans certains cas46.
Compte tenu de notre population de départ, qui a suivi un cursus de formation professionnelle, on peut considérer que l’objectif de la formation était d’améliorer son parcours professionnel et notamment de consolider son insertion professionnelle.
Nous négligeons de fait le biais dû à des individus qui auraient suivi une formation professionnelle pour parfaire une pratique d’ordre privée ou en amateur...
2-4 Conclusions de la deuxième partie
Les formations professionnelles continues étudiées constituent pour partie une voie d’entrée dans le secteur. On peut ainsi observer une augmentation conséquente de la proportion d’individus exerçant une activité relevant du spectacle vivant, ou des activités connexes (spectacle enregistré)52, après la période de formation.
L’effet protecteur de la formation, capacité à rester dans le champ, n’est lui ni avéré ni infirmé. De fait les années 2003 et 2004 apparaissent assez particulières et viennent perturber l’analyse.
Les changements de catégories sont notoirement plus fréquents lors de la période entourant l’année de formation.
Il est notable que parmi les actifs, les CDDU indemnisés constituent la catégorie la plus stable (et notamment plus stable que les personnes en CDI ou CDD).
Pour les CDI ou CDD, l’année de formation n’apparaît pas comme un moyen de se stabiliser dans le même type de contrats. L’année de formation a contribué à ouvrir le recrutement aux individus d’une part, en provenance du hors champ (hors spectacle), et d’autre part, aux individus antérieurement en CDDU.
L’entrée dans le champ du spectacle se fait sous des formes d’emplois différentes selon les domaines d’activité : en CDI ou CDD pour les formations administratives et via le CDDU pour les domaines artistiques et techniques. Parmi ces derniers, les techniciens acquièrent la qualité d’ayants droit au régime spécifique d’assurance chômage plus fréquemment que les artistes. Lorsque ce n’est pas le cas ils quittent plus facilement le champ.
On observe par contre une persistance dans le champ du spectacle d’artistes en CDDU non ayants droit sans que cela soit la conséquence d’une oscillation entre ayants droit et non ayants droits plus forte que chez les techniciens. Autrement dit, ce sont les mêmes personnes qui restent dans la situation de CDDU non indemnisés.
L’année de formation ouvre le recrutement des CDDU ayants droits. Mais cette ouverture ne se fait pas au bénéfice des CDDU non ayants droit mais d’individu extérieurs au champ du spectacle.
Au final l’effet de la formation professionnelle continue est moins sensible chez les artistes que dans les domaines techniques et administratifs, et conduit à une augmentation du nombre de salariés en CDDU sans réel effet sur la part d’entre eux qui sont indemnisés au régime spécifique d’assurance chômage.
Les salaires moyens de la population observée sont plus élevés après la période de formation. Cependant, si l’augmentation est très nette pour les formations administratives et techniques, elle est peu marquée pour les formations artistiques. Les situations professionnelles des individus sont néanmoins très hétérogènes.
Consulter le rapport sur la relation formation/emploi dans le spectacle vivant.
En
undersøgelse blev bestilt til Konference CEREQ, givet i 2012 om
forholdet mellem erhvervsuddannelse og beskæftigelse inden for
scenekunst. Denne kvalitative undersøgelse kombinerer to tilgange (brug af filer og Konference CEREQ Audiens) og interviews med fagfolk. Se rapporten om uddannelse/beskæftigelse inden for scenekunst. Mere...



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