“Apprendre à voler”

Par Napoléon

Obligés de quitter leur pays

Comme le pays ”les Îles Féroé” est petit et peu peuplé, il n’y a naturellement pas autant de possibilités que dans les grands pays voisins. Dans la capitale, Tórshavn, se trouve la seule université (”Fróðskaparsetur Føroya”), et d’ailleurs il existe 4 lycées dans le pays, dont le lycée à Tórshavn est le plus grand. Les lycéens féroïens sont particulièrement doués pour les langues puisqu’ils apprennent 4-6 langues en même temps. Il faut apprendre d´autres langues puisque notre propre langue neconcerne que les insulaires (la langue féroïenne ”le féringien” est originairedes vikings). Mon ancien prof Róland ajoute, ”Aujourd’hui nous disons qu’il faut que quelques Féroïens aient une maîtrise parfaite d’une langue étrangère pour qualitativement entretenir la communication, et pas seulement une grande quantité de langues mal maîtrisées. Il faut en envoyer quelques-uns en France, voilà ce que font les Islandais”.

Mais c’est après le baccalauréat que ça devient grave. Soit les jeunes choisissent les formations qui sont disponibles, soit ils quittent leur pays pour aller au Danemark ou ailleurs. C’est comme les oisillons qui sont poussés brusquement de leurs nids pour apprendre à voler.

La grande majorité des jeunes étudiants vont au Danemark où il y a déjà une colonie d’étudiants féroïens. Aujourd’hui de plus en plus de jeunes vont dans d’autres pays comme par exemple l’Angleterre et l’Écosse. Selon Róland, c’est ”super” que les jeunes partent dans d'autres pays pour qu’il deviennent aussi ”mûrs pour se bien débrouiller chez eux et à l’étranger”.

La France reste comme une destination un peu trop ”exotique” pour les Féroïens, bien que j'en connaisse quelques-uns qui habitent en France – mais à Aix je reste un pionnier.

”Féranciais” (mélange entre le ”féringien” et le”francais”)

La langue française n’a pas une grande importance pour la vie quotidienne des habitants aux Îles Féroé. Tout de même elle est enseignée comme langue facultative aux lycées pendant deux ou trois ans. Lorsqu’on s’inscrit au lycée on doit choisir entre français, espagnol et russe (p.s. cette année le russe n’existe plus). ”Chaque année à peu près 40 étudiants sur 160 choisissent d’étudier le français”, a dit Róland. Indirectement la culture française a laissé des traces dans la culture féroïenne, notamment par les pirates français qui sont venus et les chansons anciennes sur l’histoire de ”Charlemagne”; c’est intéressant de voir les traces linguistiques, comme par exemple le village ”Famjin” [famjin] qui vient du mot”femme”.

Dans la salle à manger, les professeurs de français m’ont expliqué d’un ton déçu que l’année prochaine il n’y aura pas de classes de français niveau avancé. ”C’est une catastrophe”, m’a dit Róland. L’autre professeur m’a regardé dans les yeux en disant, ”On a besoin d’enthousiastes comme toi pour sauver la situation”. Quoique pour le moment l’espagnol est plus populaire que le français, dans deux autres lycées le français est obligatoirement enseigné pour ceux qui choisissent la voie linguistique.

”Pris à l’hameçon”

Le lendemain j’ai eu un appel du prof qui m’a dit qu’il y avait 4 étudiants qui étaient intéressés vraiment d’aller en France. Il m’a demandé de fixer un rendez-vous avec ces étudiants.

Le vendredi 27 février je suis rentré dans une autre classe de français où il y avait une vingtaine d’élèves, dont ma soeur. Avant de rentrer, mon prof m’a fait jouer le rôle d’un Français en visite. Alors je suis entré tout en bavardant en français en faisant des gestes avec mes mains et les élèves me voyaient comme si j’étais un vrai Français (sauf ma soeur); mon prof a été mon interprète.

Malgré le grand nombre d’élèves ils m’écoutaient attentivement, fascinés par les photos et le film que je leur ai montré. Pour montrer la géographie d’Aix, j’ai dessiné au tableau. C’était encore plus spontané et vivant que le mercredi. Après l’exposé ils m’ont posé quelques questions.

Après le cours j’ai eu un rendez-vous avec deux étudiants qui s’intéressaient à la France et au S.C.E.F.E.E. Sur leurs visages je me suis vu moi-même quand j’étais dans la même situation qu’eux il y a trois ou quatre ans. Je me sentais heureux de pouvoir aider et encourager l’expérience.

 

Dans une classe de français : L’enthousiaste Róland à côté de ses élèves curieux d’apprendre le français.

Revenir au printemps

Mon séjour aux Îles Féroé était court mais sur le retour je me sentais comme une voiture aprè savoir fait le plein d’essence. Le voyage vallait la peine. ”Tout a une fin”, chante le chanteur Kim Larsen, et je suis revenu en France ”en bon état”(heureusement).

Mon première impression, quand je suis descendu du bus tard lundi soir le 2. mars, était l’odeur du printemps, et puis j’ai remarqué les jonquilles. Petit à petit je me suis rehabitué au rythme quotidien et à la langue francaise – la vie continue !

Or, je sais qu’au moins deux Féroïens viendront l’année prochaine, et j’en suis content et fier. De plus une classe de français viendra en octobre à Aix et je serai leur guide. En tout cas mon exposé valait la peine.

 

Catégories [Visites & Excursions ]
[ (2) Commenter ] | [ (0) Rétroliens ]