Les notes d'une Russe en France

par Olga


Marseille est la quinzième ville française que j'ai visitée et la première ville où je me suis installée pour longtemps.  Avant mon arrivée j'ai entendu dire que la population à Marseille est tellement mélangée, que souvent on ne comprend pas où on est. D'abord je n'ai pas compris tout ce que cela signifiait, mais en un instant je l'ai senti autour de moi.

Je me rappelle mon premier voyage en bus municipal, ligne 26, vers le métro Bougainville. Nous étions un dimanche matin et le bus était plein de monde, principalement des Maghrébins et des Africains qui allaient au marché aux Puces.  Ils étaient habillés en vêtements traditionnels : les femmes en jupes d'or, en turbans enroulés fièrement autour  de leurs têtes, en foulards noirs et en robes bariolées; les hommes en calots avec des broderies orientales, en  robes de soie par-dessus les costumes classiques. Certains lisaient le Coran et égrenaient un chapelet, les enfants criaient dans leurs landaus, la musique arabe s'écoulait des portables des ados, tout le monde parlait en des langues inconnues, toutes les langues possibles, sauf le français.  J'étais debout sur un pied, enserrée  entre les sièges et les landaus d'enfants, ma tante enserrée entre des Africaines bruyantes. Je regardais tout cela avec étonnement et curiosité et je n'arrivais pas à comprendre ou j'étais.

J'éprouve les mêmes sensations chaque fois que je prends le bus municipal quand je vais ou rentre du centre-ville. Un jour, en montant le bus de la ligne 97 à l'avenue St. Antoine, j'ai mis le ticket dans le composteur, maisje ne l'ai pas récupéré - un grand Africain, étant debout près de la cabine duchauffeur, m'avait devancé. Il tournait mon ticket en l'air, comme s'ilm'excitait, en clappant ses livres et me fixant ses yeux. Puis il a dit quelque chose au chauffeur et tous les deux m'ont adressé des sourires sucrés. Tous les passagers, absorbés par ce spectacle, restaient immobiles et silencieux, en goûtant d'avance le dénouement. Paralysée, je  regardais mes "nouveaux amis", essayant de comprendre qui de nous était devenu fou : moi, qui ne saisissais pas les règles de ce jeu ou ces deux, après avoir vu une jeune femme blonde. Enfin, quand je suis sortie de la stupeur et quand j'ai récupéré le don de la parole,  je lui ai hurlé "Donne-moi mon ticket!!!" Il a obéi tout de suite et je ne sais pas qui avait plus  peur à ce moment-là.

L'autre jour, en revenant du centre-ville par la même ligne, j'ai reçu un coup au visage par un homme Maghrébin. Je descendais  à mon arrêt et il était debout près de la porte. Pour descendre, je devais passer devant lui. Peut-être, cela ne lui a pas plu et il voulait que je reste là avec lui, car il me regardait toutes les 10 minutes de mon voyage. Je ne sais pas. Mais quand j'ai réalisé tout ce qui s'était passé, il était déjà trop tard. Comme toujours, le public regardait le show avec intérêt et silencieusement.

Parfois il me semble que je joue dans un spectacle et mon rôle est d'attirer des personnages étranges et me retrouver dans les situations comiques et sottes.  Ils sont omniprésents, malgré ma dislocation. Mais en ce sens Marseille est un peu particulier. Ceux, qui n'habitent pas là, disent, que c'est une très belle ville. Ceux qui y habitaient, disent souvent que ce n'est pas une ville, mais une autre planète, la planète Mars. C'est-à-dire que ces habitants sont des Martiens. t Suis-je alors presque entrée en communication avec eux ? Au moins ceux qui voyagent en bus municipaux. Maintenant tout devient clair.  Si je l'avais su avant… Mais comme je suis très émotive, je crains de ne pas survivre à une autre rencontre martienne, c'est pourquoi désormais je prends le train…

 

 

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