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01 juin, 2009 23:54

« KATYŃ » DEUX HEURES DE MEMOIRE APRÈS 70 ANS DE TABOU

par Malgosia

Première scène

C’est la fin de l’hiver 1940. Dans une petite gare au bord de la forêt, quelque part à l’est de la Pologne, commence une action de chargement d'officiers polonais dans un train de marchandises. Il fait très froid. La neige tombe avec nostalgie sur la terre et sur les têtes les prisonniers de guerre.  Bien qu’ils soient des prisonniers de guerre, ils sont encore vivants. Bien qu’ils espèrent encore aller dans des camps dans le pays, dans quelques minutes leurs vies vont partir dans le train vers la mort…   

« Katyn » est un film que les Polonais attendaient depuis des années. C’est un film comme un récit sur une famille séparée pour toujours, une image sur les grandes attentes et en même temps sur la vérité brute du crime et de la douleur, dans lequel les protagonistes ne sont ni des soldats, ni des officiers assassinés, mais les femmes, les enfants qui, attendant leur retour, vivent dans une énorme incertitude, pleine de fidélité et de l’espoir que devant la porte elles revoient le visage d’un mari, d’un papa ou d’un frère si attendu. « Katyn » aujourd’hui, c’est l’histoire de tous ceux dont le cœur s’est fendu de la douleur de la séparation bien qu’ils et elles vivent toujours. Ainsi, le cinéaste Andrzej Wajda, inspiré par l’histoire de son pays mais aussi par l’histoire de son père (un des officiers exécutés) est le premier à aborder ce sujet tragique après des années de tabou. 

Mais pour bien comprendre les destins de ces personnes, il faut plonger dans l’histoire de l’Europe au début de 19e siècle et les conséquences du système soviétique dans l’Europe jusqu'à aujourd'hui, car la distribution du film dans les pays de l'Europe rencontre encore beaucoup de difficultés. Aussi en Pologne, dans un contexte doublement sensible à cause de la campagne interne de vérification du passé, qui ressemble à la chasse aux derniers communistes et les tensions avec le grand voisin, ex-frère – le Russe, l’œuvre du Andrzej Wajda n’est pas à l’abri de l’instrumentalisation par le gouvernement actuel. Malgré ces faits, Andrzej Wajda, rempli d’espoir que son œuvre trouvera la compréhension en Europe, a utilisé, pour ainsi dire, une perspective simple pour raconter cette histoire exceptionnelle et invraisemblable, une perspective de l’amour qui chaque jour ajoute la puissance dans l’attente et la survivance. Il a créé un récit simple, car il ne faut pas apprendre qu'en Pologne ce qui s’est passé à Katyn en 1940, mais aussi en dehors de frontières polonaises pour éviter des massacres semblables à l’avenir.

Le contexte historique:

C’est la fin de l’été. 
Le 23 août 1939, Staline et Hitler s’accordèrent sur un nouveau partage du territoire de la Pologne. Ils ont signés l’une des clauses secrètes du pacte germano-soviétique qui s’appelle le Pacte Ribbentrop Molotov. Sur la base de ce pacte chacun des deux occupants (Allemand et l’Union des républiques socialistes soviétiques – URSS) a mis en pratique de se débarrasser des élites polonaises. Les Allemands mettent en avant des critères raciaux et les Soviétiques, des critères de classes. 

Le 1er septembre 1939, à 4H45 du matin, la Pologne est envahie par l’armée allemande. La Seconde Guerre Mondiale a commencé. 

Deux semaines après, le 17 septembre 1939, l’Armée rouge envahit la Pologne sous le prétexte de protéger les populations biélorusses et ukrainiennes.  

Au début de 1940, la Pologne est prise donc entre les deux feux des armées des allemands et soviétiques. Des dizaines de milliers de Polonais sont en prison. Les Allemands nazis emmènent les soldats polonais alors que le service secret soviétique de NKVD déportent des officiers polonais, (parmi lesquels étaient de nombreux étudiants car le système de conscription les incorporait systématiquement dans l’armée de réserve), et les membres de l’élite civile polonais (professeurs, médecins, avocats). Environ 15.000 d’individus nommés « l’élite de la nation et la fleur de la culture polonaise ». Sur la base de recherches et d’investigations des médecins du crime et de chercheurs internationaux et indépendants dans la forêt de Katyn, on reconnut que chaque personne avait été d’abord  ligotée séparément, puis placée sur le bord de la fosse et ensuite exécutée par une balle dans la nuque. Environ 15 000 personnes furent assassinés dans les forêts de Kharkow, Miedwoje, Bykowinia,Kuropaty, et de Katyn (4410 assassinés), dont les familles attendent toujours des informations, parce que l’espoir du retour de leur proche est mort.

Il n’y a toujours pas de certitude sur combien d’entre eux furent en réalité assassinés par la décision prise par Staline à Moscou le 5 mars 1940. Il n’y pas de certitude sur l’exécution des prisonniers du camp de concentration de Kozielsk à côte de Smolensk ou ailleurs. Où se trouvent les tombes en plus des 7000 polonais disparus, qui étaient  au début de 1940 dans les camps soviétiques. Sont-il à Bykownia, prés de Kijow, ou à Kuropaty, à côté de Minsk ? Peut-être dans d’autres lieux, où ils ont été transportés avec les prisonniers polonais arrivés au printemps 1940.

Il y a toujours beaucoup de questions sans réponse.

Les pouvoirs de Biélorussie et Russie ont claqué la porte des archives. Minsk ne voudra jamais ni parler, ni dévoiler, ni juger les instigateurs de massacres ni exhumer les corps. Moscou voudrait oublier l’enquête, qui s’est éteinte en 2004. L’assassinat d'environ 15 000 prisonniers de guerre était reconnu là-bas comme « un crime normal », pas comme un génocide. On a reconnu que les instigateurs de massacres sont morts donc il n’y a personne à incriminer. Suivant les procureurs russes, ce « crime normal » est prescrit. En 1990, Mikhail Gorbatchev reconnaîtra officiellement que ces Polonais ont été assassinés sur ordre de Staline, par le NKVD - le service secret soviétique. Quand à Moscou en 1992, Boris Eltsine ouvrit au public une part des archives de dirigeants de l’URSS, on a mis les nouvelles données entièrement à jour : les destins de dizaines de polonais : où ils ont été détenus, transportés, jugés ou  assassinés. Le monde a appris que la forêt près de Kharkow cache le même secret que celle de Katyn. On a peur de planter une pelle là-bas de crainte de trouver des ossements humains. Après plus de 60 années à chercher la vérité, la force des camarades soviétiques triomphe encore de manière efficace. Ils ont persuadé leurs alliés de garder le silence pendant un demi-siècle, donc à l’ouest on a menti comme à l’est, et dans cette mer de mensonges périssait la voix de la justice et des victimes. C’est le triomphe du pouvoir soviétique - le paradoxe c’est qu’en avril 1943 J.Gœbbels, le ministre de la Propagande et de l’Information au IIIe  Reich a annoncé la découverte des tombes de massacrés dans la forêt de Katyn, en se réjouissant de « cette  nouvelle nourriture pour sa propagande pour de nombreux mois. » 

Le mot du réalisateur


« Je ne voulais pas faire un film seulement historique, ou politique, mais sur la souffrance et le deuil », explique Andrzej Wajda. « Je ne voudrais pas tout de même que le film Katyn soit ma recherche personnelle de la vérité, tel un cierge allumé sur la tombe du capitaine Jakub Wajda. Puisse ce film raconter la souffrance et le drame de nombreuses familles de Katyn. Puisse t-il parler de ce mensonge qui triomphe maintenant au-dessus de la tombe de Staline, et qui a assigné au silence La Grande Bretagne et les Etats-Unis, les Alliés de Staline de l’époque dans la guerre contre Hitler. 

Je sais que la jeune génération avec toute son ardeur et tout à fait consciemment s’éloigne de notre passé. Occupée par le quotidien, elle oublie les noms et les dates qui, que nous le voulions ou pas, nous construisent comme nation, avec toutes nos peurs, nos fragilités faisant surface aux moments opportuns ». 


Derrière scène


Andrzej Wajda conclut son œuvre dans la forêt de Katyn, qui est devenue le symbole de ces massacres. La longue et terrible scène de l’exécution systématique des officiers. Une balle dans la nuque. Comme un rituel monotone qui glace le sang. Une balle pour chacun. Environ 15 000. Et selon « Notre Père, qui êtes aux cieux, que ton nom soit sanctifié…» est inachevé. 

Fiche artistique et technique :
 

Réalisateur : Andrzej Wajda
Scénario : Przemysław Nowakowski, Władysław Pasikowski, Andrzej Wajda d’après le roman d’Andrzej Mularczyk « Katyń. Post Mortem »
Musique : Krzysztof Penderecki
Directeur de photographie : Paweł Edelman
Montage : Milenia Fiedler, Rafał Listopad
Genre : Drame, Historique
Durée : 1h58
Sortie en Pologne : 21.09.2007
Sortie en France : 01.04.2009, distribué par Kinovista

Une production Akson Studio, Telewizja Polska, Telekomunikacja Polska avec le soutien de l’Institut Polonais du cinéma.  



www.katyn-lefilm.fr
www.dailymotion.com/video/x3srxw_le-massacre-de-katy_events
www.fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Katy%C5%84

 

Catégories [Cinéma ]
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01 juin, 2009 18:41

L'amour - la passion = la vie ?

 Critiques sur les livres Passion Simple & Une Femme Gelée d'Annie Ernaux

                                                     par K. 

Les auteurs ne sont pas tous satisfaits d'écrire des romans qui sont éloignés de leurs vies. Parfois ils  racontent leurs propres histoires ou plutôt leur autobiographie. Paroles de soi, sentiments réels et communications intérieures constituent un style brut et brillant. Annie Ernaux est l'une des meilleurs auteurs qui possède cette arme comme son propre style, comme elle le manifeste parfaitement dans les oeuvres Passion Simple et Une Femme Gelée, surtout dans une perspective fine d'être une femme.

Les livres.

‘A partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme : qu'ilme téléphone et qu'il vienne chez moi. Les seules actions où j'engageais ma volonté, mon désir et quelque chose qui doit être l'intelligence humaine (prévoir, éevaluer le pour et le contre, les conséquences) avaient toutes un lien avec cet homme.’- Passion Simple

Elle, amoureuse et affranchie, simple et sincère.

Elle profite énormément de l’anesthésie de l’amour.

Elle, vit.

‘Le matin, je vois des femmes secouer des chiffons, faire des signaux interminables sur leurs vitres, rentrer des poubelles. Je ne me pose pas de questions, ces gestes font partie d'un rituel étranger à ma vie.’ Une Femme Gelée.

Elle, acide et affaiblie, perdue et paralysée.

Elle souffre immensément de la torpeur de l’amour.

Elle, existe.

Le passage

En lisant ces deux livres, j’ai tenté d’imaginer un dialogue entre ces deux personnes. Est-ce que l’une pourrait être mon passé et l’autre  mon futur ? D’après moi, il y avait une barrière de langage formidable qui les tenait délicieusement éloigné. C’est justement la passion. Lorsqu’elle est une fille, elle entrechat sur sa musique intérieure. Les hommes, les désirs et la passion tissent ensemble leur réseau du monde. La musique, c’est la voix d’un homme ou les battements du coeur quand elle est amoureuse. Bien sûr, elle souffre de la douleur lancinante de l’attente , des divagations et des chimères. Mais elle est vivante.

Est-ce que l’on ne peut pas garder notre passion pour toujours, même si les noms passent  de Madamoiselle à Madame ?

Dans ‘Une femme gelée’, avant, elle était une fille qui demandait de la liberté et qui lisait, jouait, rêvait, mais aussi, chaque dimanche, qui partait à la découverte des rues et des paysages autour de la ville. Mais la vie rythmée, les achats, la cuisine l’ont tuée. Est-ce qu’être une femme gelée, c’est le prix d’avoir un état stationnaire ? Si la réponse est oui, alors les prix sont trop hauts, incroyablement hauts et les espérances sont basses, scandaleusement basses. Mais dans les deux cas, les personnes sont également désorientées et en plein désarroi, qui souffre le  plus ? J’ai beau cherché la réponse, aucune me convient.

 

Les liens:

http://auteurs.contemporain.info/annie-ernaux/

http://auteurs.contemporain.info/oeuvre.php?oeuvre=La+femme+gel%E9e&no=45

http://auteurs.contemporain.info/oeuvre.php?oeuvre=Passion+simple&no=46 

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